Pat à Pain : la supercherie

Si vous n’habitez pas en région Centre, vous ne connaissez certainement pas la chaîne de restauration rapide nommée « PatàPain ». Pour que vous puissiez comprendre la suite de cet article, sachez que PatàPain est comparable à Paul, Feuillette, ou autre Mie Câline. PatàPain est une chaîne de restauration rapide créée en Berry, à Bourges, en 1986. À l’origine PatàPain s’appelait Packman.

Étant berruyer de naissance (cela signifie que je suis né à Bourges), j’ai grandi avec Packman puis PatàPain. J’ai toujours été un bon client de ces restaurants nombreux et accessibles. J’ai toujours apprécié les horaires tardives et les jours ouvrés (ouvert 365 jours par an). J’y ai même travaillé quelques jours en 2009.

Aujourd’hui, nous sommes en 2017 et cela fait donc plus de 30 ans que je fréquente les établissements PatàPain. Si j’ai décidé de pousser un coup de gueule contre ces restaurants/boulangeries c’est que justement je trouve que tout a bien changé depuis quelques années, et pas forcément de la bonne manière.

Commençons par les produits puisque cela est évidement le plus important dans un restaurant. Les produits étaient à l’origine « simples », bons et pas chers. Pour vous donner un exemple, la baguette la moins chère était proposée fut un temps à 0,60€ et un jambon-beurre coûtait moins de 3€. De la même manière, pendant longtemps les « menus » offraient un sandwich copieux et frais avec un dessert généreux et une boisson fraiche pour moins de 7€.

Je vais d’ailleurs prendre en exemple un dessert qui m’est cher : la tartelette aux framboises. Pendant plusieurs années j’ai adoré déguster ces tartelettes bien garnies qui étaient ornées d’une bonne dizaine de framboises et dont la base en pâte sablée était généreusement remplie de crème pâtissière. Aujourd’hui, la tartelette framboises coûte 0,40€ de plus qu’avant et elle est ridiculement petite ! La base « tarte » est devenue un minuscule palet en pâte sablée, sur lequel une noix de crème pâtissière a été posée puis quelques framboises sont dispersées sur le dessus…

Autre exemple flagrant de cette montée en gamme décomplexée : les baguettes. Désormais les baguettes industrielles proposée chez PatàPain se font passer pour des baguettes artisanales. Elles sont recouvertes de farine, elles ont des formes volontairement irrégulières et portent des noms prestigieux : « 1986 », « Gourmande », etc. Rappelons tout de même que les restaurants PatàPain ne sont pas du tout des boulangeries à proprement parler. Le pain n’est pas pétri sur place. Il arrive surgelé et est cuit sur place. Les restaurants PatàPain sont donc des terminaux de cuisson. La baguette la moins chère est désormais la « Gourmande » proposée au prix d’1€… Un peu chère pour une baguette congelée non ?…

Le constat est donc sans appel : on en a désormais beaucoup moins dans « l’assiette » pour beaucoup plus cher qu’avant. Mais bien évidement les dirigeants de PatàPain nous répondraient que ces augmentations de prix sont nécessaires pour financer la montée en gamme des restaurants en eux-même. En effet, désormais les restaurants PatàPain sont des unités commerciales ultra-moderne avec des écrans plats partout, des ampoules « vintage » à 10€ pièce et du mobilier design hors de prix. Mais avions nous réclamé cela ? La simplicité d’antan était-elle si démodée ?

De plus, les restaurants PatàPain proposent désormais des produits et services nouveaux. Censés certainement diversifier l’activité et rentabiliser les ouvertures qui s’enchainent à un rythme frénétique ces derniers mois, ces nouveaux produits sont dans la même optique que nos bonnes vieilles baguettes ou les fameuses tartelettes aux fraises. Cafés à la mode Starbucks, Granités comme sur les fêtes foraines et service traiteur pour vos anniversaires et mariages… Tout est fait pour donner une nouvelle image « luxueuse », « haut de gamme » ou à la mode.

Mais cessons de parler un instant des produits pour s’intéresser au côté « RH » de cette chaîne de restauration Berruyère. En effet, comme je le disais au début de cet article, j’y ai travaillé quelques jours en 2009. À l’époque, le CDI était de mise, même pour les postes sans prétention comme les préparateurs par exemple. Les préparateurs sont ceux qui, très tôt le matin, viennent préparer les sandwichs et autres pâtisseries qui seront vendus dans la journée. Il faut savoir, que désormais, pour espérer être embauché par PatàPain et obtenir un CDD au SMIC, il faut participer à une sorte de compétition honteuse dans laquelle deux candidats sont mis en concurrence dans le cadre d’un stage non rémunéré d’une semaine à la suite duquel l’un des deux candidats sera « sélectionné » pour signer un CDD de quelques mois…

Des pratiques de recrutement absolument scandaleuses qui sont pourtant connues par le Pôle Emploi… Bref, cette jolie et sympathique chaîne de restauration rapide bien connue des habitants de la Région Centre a visiblement perdue son âme et cela est bien dommage. Personnellement, j’aurais préféré que PatàPain reste fidèle à son identité du début des années 2000. Des produits bons, simple et pas chers, avec une politique de ressources humaines plus humaine justement…

Jordan Le Goïc

Geek Berruyer de 32 ans.