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J’ai testé « être candidat du Front National » (partie 1)

En 2017, j’ai vécu une expérience à la fois très intéressante et très frustrante, puisqu’en effet, j’ai été candidat aux élections législatives pour le parti populiste et nationaliste le plus populaire de France : le Front National.

Même si officiellement, le Front National vient de devenir le Rassemblement National, je pense que ce que j’ai vécu se perpétuera avec la nouvelle appellation.

J’ai décidé d’attendre un an avant de raconter ce que j’ai vécu car avant ça les tensions étaient encore trop fortes dans mon entourage et je ne voulais pas prendre de risques pour moi ou ma famille. De la même manière, je voulais attendre de voir ce que deviendrait le parti et mes anciens « concurrents » avant de livrer mes impressions sur ce parti un peu particulier.

Acte 1 : le militantisme

Nous sommes en 2015 et François Hollande est président. Terriblement déçu d’avoir vu Nicolas Sarkozy se faire battre par « flamby », je suis désormais persuadé que le seul espoir pour la France est incarné par Marine Le Pen. Jeune entrepreneur, je suis attiré par son discours à l’attention des travailleurs indépendants (suppression du RSI) et aussi par ses promesses d’alléger les charges patronales.

Je me rends à un meeting de la grande prêtresse non loin de chez moi et je rencontre alors les représentants locaux du parti. Rapidement ceux-ci me proposent de « militer » localement et de m’impliquer autant que possible. Distribution de tracts, collage d’affiche, etc. En plus de ça, je suis invité à « adhérer » contre une rétribution financière. Je suis encouragé à « parrainer » mes proches, ma famille. Enfin, je suis invité à des réunions de la « Fédé » (Fédération Départementale, sorte d’antenne locale).

Je vais alors participer plus ou moins involontairement à la campagne des Régionales 2015. Même si les scores seront encourageants pour le Front National, notre candidat local n’aura pas réussi à l’emporter. Malgré cela, le Front va alors entrer dans une dynamique hyper positive. Tous les sondages seront pour nous et Marine va alors se positionner dans les médias comme la seule opposition crédible à Hollande. L’espoir nait pour la présidentielle de 2017.

Acte 2 : La proposition

Suite à mon implication dans la campagne des Régionales 2015, je suis alors dans les petits papiers des responsables locaux du FN. Régulièrement invité à leur réunions (plus ou moins intéressantes) je suis contacté fin 2016 en vue de préparer l’année cruciale de 2017 (présidentielle + législatives). Il m’est alors expliqué qu’il faudra être présent et disponible pour tous les actes de militantismes à venir, car tous les espoirs sont permis (sous-entendu la victoire).

Quelques semaines plus tard, je suis contacté par la représentante locale du « FNJ » (Front National de la Jeunesse) qui m’a recruté un an et demi plus tôt. Personnalité importante mais controversée, cette jeune femme aura un rôle crucial dans mon aventure électorale. Celle-ci me propose alors d’être « candidat suppléant » pour les futures élections législatives dans une circonscription de mon département.

Surpris par cette proposition, j’en parle d’abord autour de moi. Les avis divergent mais il me semble alors plutôt intéressant de m’impliquer localement dans une cause qui me parait importante et le rôle de « candidat suppléant » n’étant pas trop exposé j’accepte alors la proposition sur le principe.

Mais quelques jours plus tard je reçois un nouvel appel. Toujours de la même personne, cette jeune femme qui sera alors ma principale interlocutrice. Il m’est expliqué que le candidat prévu dans la circonscription a été « disqualifié » par des affaires internes. La personne que j’ai au bout du fil lorgnait sur la candidature mais elle aussi a été mise hors-jeu par des photos plus ou moins compromettantes (rien de sexuel, plutôt du genre « soirée identitaire »).

Une nouvelle candidate m’est désigné. Celle-ci devra être « débauchée » dans un parti concurrent. Et il est toujours question que je sois « suppléant ».

Plusieurs jours s’écoulent à nouveau et la fin de l’hiver approche à grand pas. La campagne présidentielle bat son plein et je reçois à nouveau un appel de mon contact féminin au sein de la « Fédé » de mon département. Celle-ci m’explique cette fois-ci que la candidate dont elle m’avait parlé la dernière fois a déclinée l’offre qui lui a été faite. La fédération se trouve embarrassée car l’une de ses circonscription n’a toujours pas de candidat officiel. C’est alors à ce moment qu’elle me propose d’être le fameux candidat.

Surpris par cette proposition, je lui promet de réfléchir à la chose. Après avoir consulté mes proches, je me trouve plutôt coincé. Certains me conseillent de me lancer corps et âme et d’autres me mettent en garde sur une telle décision. Finalement, après plusieurs jours de réflexion, je décide d’accepter cette offre incroyable car je me dis alors que je n’aurais sans doute jamais d’autre occasion de ce genre de représenter mon pays, ma région, mon département et mes concitoyens.

Acte 3 : La Présidentielle

Une fois « élu » candidat officiel, je dois alors rencontrer le responsable local de la fameuse fédération départementale. Cet homme d’un certain âge, expérimenté en politique et élu régional, sera mon « responsable » hiérarchique tout au long de ma campagne. Celle-ci ne devant démarrer qu’après les élections présidentielles, je devrais jusque là assurer un rôle de militant hyper actif pour notre présidente-candidate.

Un rôle ambigu puisqu’il faudra, pendant plusieurs semaines, représenter le Front, Marine, mais ne surtout pas parler des législatives et de ma propre campagne. Aussi, malgré la tournure plutôt négative des présidentielles, il faudra faire croire jusqu’au dernier instant que nous sommes persuadés de la victoire de notre camp.

C’est pendant cette campagne présidentielle que je vais commencer à comprendre réellement où j’ai mis les pieds. En effet, lors de mes différents actes de militantismes passés, je n’avais pas vraiment rencontré notre électorat de base, les militants historiques, les adhérents de longue date. C’est à la soirée organisée dans les locaux de la fédération pour le premier tour des présidentielles que je vais me heurter à la réalité.

Si j’ai rejoins le Front National pour des motivations économiques et patriotiques, certains l’ont visiblement rejoint pour des raisons un peu plus « radicales ». Certains commentaires que je vais entendre lors de cette soirée qui va réunir plus d’une cinquantaine de personnes seront plutôt « lourds », pas très fins diront nous. L’euphorie de la qualification au second tour, mélangé à quelques verres d’alcool nous offrirons des discours pas forcément des plus modernes, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je vais m’éclipser rapidement de cette soirée de fête, suite à un « incident » qui aurait dû m’alerter sur la suite des événements. En effet, en tout début de soirée, bien avant que les résultats ne tombent, un journaliste local s’était présenté à l’entrée de la fédération pour demander à suivre avec nous les péripéties des heures à venir. Tout content d’entrevoir enfin l’espoir d’une couverture médiatique pour ma future campagne législative, j’accepte avec grand plaisir la présence de ce journaliste.

Mais visiblement, ce n’est pas dans les habitudes de la maison. Quand les responsables locaux présents sur place s’aperçoivent de la présence de notre ami, ils lui de demande de partir sur le champs. Visiblement le Front National se plain sans cesse d’un manque de médiatisation, mais lorsqu’un média veut couvrir un évènement, celui-ci en est rapidement découragé. Cet épisode sera le premier d’une longue série, et je vais vite apprendre, à mes dépends, que le FN préfère avancer dans l’ombre que dans la lumière.

La présidentielle se termine et les résultats du second tour, et le déroulement catastrophique du débat télévisé auront raison de la motivation de beaucoup de militants. La soirée organisée dans les locaux de la fédé pour le second tour n’aura pas le même succès que la précédente. Seuls les militants « historiques » seront là, et quelques marginaux. La déception sera à la hauteur des espoirs fondés dans cette femme qui n’aura pas su tenir tête à notre nouveau monarque.

 

À suivre

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